Nicolas est en terminal, terminal scientifique. Il est devant son lycée, appuyé contre un mur, les yeux dans le vague. Autour de lui, les groupes d'amis rigolent. Il n'entend rien, il est dans son monde. Ça fait déjà une demi-heure qu'il est là, il attend sa mère. Une demi-heure qu'il est plongé dans ses pensées. Une demi-heure qu'il ne sait plus dans quel monde il vit. Une demi-heure qu'il oublie tout. Son portable sonne, de multiples messages encombrent l'écran de son téléphone. Il ne s'en rend même pas compte. Une voiture s'arrête devant lui, puis au bout de quelques secondes la vitre s'ouvre et on entend « Nicolas qu'est-ce que tu fais?! Monte, je gène là! » C'est sa mère. Nicolas sort de sa rêverie et s'engouffre dans la voiture en s'excusant. Une fois dans la voiture, il est tellement fatigué qu'il s'endort à moitié, il prend tout de même le temps de sortir son portable il lit les millions de messages que lui a écrit Iris : « Je t'ai perdu, depuis je ne m'aime plus. Depuis j'en suis sure je veux refermer la blessure. Je te vends mon âme, fais de moi ce que tu veux en retour donne moi la chance d'être mieux. Je te vends mon âme prends ma vie, mon paysage, en échange je veux voler ton visage. » Ou encore : « Je ne sais plus quoi penser, je ne sais plus qui aimer, je sais juste que je te veux. » Il lève les yeux au ciel. Celle-ci alors! Toujours à dramatiser. Il a la flegme de lui répondre, il range son portable et regarde sa mère qui conduit silencieusement, il la regarde avec tristesse. Sa mère le regarde et lui sourit. Il détourne le regard pour voir le paysage défilé, il est perdu ces temps-ci. Tant pis, ça passera. Enfin il espère. Il arrive chez lui, il se précipite dans sa chambre, il allume son PC et sort ses devoirs en soupirant. Absorbé par ces devoirs il ne voit pas que Iris lui parle.
Ptit' Litchi : Coucou, pourquoi tu m'as pas répondu? J'étais déçu tiens!
Il lui répond rapidement qu'il n'a pas le temps, il travaille là. Elle va encore le prendre mal, mais tant pis, il faut qu'il est son bac. Oh et puis, si elle n'étais pas aussi susceptible! Bon alors où en était-il déjà?
Au bout de deux heures sa mère lui hurle à travers la cage d'escalier de venir manger. Il soupir de soulagement. Enfin une pause.
Quand il va enfin se coucher, exténué, il consulte l'écran de son portable du regard pour voir qu'il a reçu 3 messages dramatiques de Iris. Il va se coucher le sourire aux lèvres, elle est tellement bizarre que parfois, ça le fait rire. Demain c'est vendredi, dernière journée de la semaine, il est content.
Le lendemain il suit les cours, comme à son habitude, et le soir quand il rentre chez lui plus fatigué que jamais, il se colle devant son ordinateur jusqu'à ce que ce soit tard et qu'il ne tienne plus debout. Demain c'est samedi et demain soir il sort.
Samedi soir, 20h00. Il est à la fête, partout des manèges. Partout des enfants, des parents excédés, des jeunes, des filles. Mais surtout, ses amis. Il rit avec eux, il peut enfin se détendre c'est le week-end. Puis soudain, il croit rêver, ce n'est pas elle là bas? Mon dieu mais si! Et merde elle la vue! Tiens, elle ne vient même pas le voir. Il lui sourit de loin et elle détourne le regard. Ferait-elle la tête? Il se dirige vers elle, elle l'ignore. Ça l'amuse, il se met devant elle. Au moins là elle ne pourra pas dire qu'elle ne l'avait pas vu. Joueuse, elle sourit et lui dit bonjour. Ils discutent quelques instant, ils rigolent pas mal. Au bout d'un certains temps Nicolas regarde l'heure et s'aperçoit qu'il est déjà 22h30. Il faut qu'il rentre, il a un match demain. Elle parait déçue qu'il parte déjà. Et là, sans savoir pourquoi il lui propose de venir le voir jouer. Elle est étonnée, mais accepte. Il passera la prendre une demi-heure avant. Une fois dans son lit, Nicolas ne sait toujours pas pourquoi il a fait ça. Il se demande ce qu'il doit penser de tout ça. Mon dieu, pourquoi a t-il fait ça?
Le lendemain il passe la chercher comme prévu, cependant quand il s'approche pour lui dire bonjour, elle esquive. Nicolas est surpris mais ne relève pas.
45 minutes plus tard le match commence.
L'arbitre siffle la fin du match. Nicolas et son équipe ont remporté la victoire haut la main. Il lève les yeux vers les gradins, et voit que Iris n'est plus là. Légèrement déçu, il regagne les vestiaires. Elle est là. Elle l'attendait. Elle le félicite et s'avance vers lui comme poussé par une force invisible et l'embrasse. Elle s'écarte gênée d'avoir osé faire ça et voyant que Nicolas est très mitigé, s'en va en courant, essuyant une larme qui s'était échappée.
Elle arrive devant la rivière s'arrête se plie en deux et pousse un cri inhumain, mêlé de rage, de tristesse et de déception. Comment a t-elle put être aussi bête? Aussi naïve? Elle s'allonge dans l'herbe, le long de la rive et pleurs tout son saoule. Et pleure toutes les larmes de son corps. Une fois fini, elle se redresse. Son mascara est étalé sur ses joues blêmes, elle regarde l'eau couler, elle regarde l'eau suivre le cours des choses. Pour elle la vie a fait une pause. Soudain elle sursaute, son corps est parcouru d'un long frisson, elle se lève et se jette dans l'eau.
Nicolas sort du gymnase perdu, et se demande pourquoi il a fait ça. Il se dit qu'il faut qu'il rattrape, qu'ils puissent s'expliquer. Il court un peu, sans vraiment espérer la trouver. Mais soudain, il l'aperçoit elle est là bas allongée dans l'herbe. Elle se redresse, il essaye de faire moins de bruit afin qu'elle ne le voie pas et qu'elle ne parte pas en courant. Mais, qu'est-ce qu'elle fait? Iris s'avance vers l'eau et s'y jette. Nicolas s'arrête, interdit. Il court, saute dans l'eau, la repêche, et la ramène sur la rive. Elle est inerte. Déjà, les pompiers sont là. Le camion rouge part, sirènes hurlantes. Nicolas est trempé. Tout le monde le félicite, on le considère comme un héros. Il n'écoute pas, il n'entend rien. Il ne voit que le moment où Iris a sauté. En boucle dans sa tête. Tout le monde est optimiste. Pas lui, il sait déjà qu'elle est morte.